Les portraits de citoyens

Jean-Louis Sogorb : le Valois sous l’œil du botaniste

Publié le 29/10/2026

Depuis près de cinquante ans, Jean-Louis Sogorb observe, recense et étudie la flore du Valois. Ancien professeur de sciences naturelles, il continue aujourd'hui à arpenter le territoire pour transmettre ses connaissances et faire découvrir une biodiversité parfois insoupçonnée.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Jean-Louis Sogorb et je suis né à Alger. Mon cursus universitaire s’est déroulé à la Faculté des Sciences de Dijon avec l’obtention d’une licence d’enseignement, puis à l’Université Pierre et Marie Curie à Paris, où j’ai poursuivi avec une maîtrise et un doctorat de 3e cycle.

En 1970, j’ai enseigné les sciences naturelles à Crépy-en-Valois, d’abord au collège Jean de La Fontaine, puis au collège Gérard de Nerval jusqu’en 2001.

Qu’est-ce qui vous fascine autant dans les plantes ?

Depuis tout petit, j’ai toujours été attiré par les plantes et la nature. Ayant grandi à leur contact, leur étude m’a toujours passionnée en raison de leur extraordinaire diversité et de leur faculté à occuper et à s’adapter à différents milieux. Devant la beauté de certaines plantes, la configuration réciproque de certaines fleurs, comme les orchidées, et l’insecte pollinisateur, il est difficile de rester indifférent et c’est souvent la curiosité et l’admiration qui l’emportent. La nature ne cessera jamais de nous étonner et de nous donner à réfléchir.

Membre de la Société botanique de France depuis 1983, ainsi que de la Société botanique du Centre-Ouest, et depuis plus de trente ans, conservateur bénévole au Conservatoire d’espaces naturels des Hauts-de-France, je participe aux chantiers nature dans différents sites et, bien entendu, j’anime des sorties dans lesquelles les plantes sont nommées.

Ce qui me passionne aussi, en tant que scientifique, c’est la transmission des connaissances. Lorsque j’étais professeur, j’animais en parallèle un club nature pour apprendre aux élèves à observer et à mieux connaître leur environnement. J’ai également participé à de nombreuses excursions et sessions botaniques en France et en Europe pour étudier et découvrir de nouvelles espèces.

Vous étudiez la flore du Valois depuis plusieurs décennies. Qu’avez-vous découvert au fil de vos recherches ?

C’est la diversité des milieux de vie et la richesse des espèces présentes dans le Valois, qui ont été pour moi une source de découvertes et d’émerveillement. Tout au long de ma carrière de professeur, les milieux naturels du Valois ont été privilégiés, mais aussi ceux d’autres régions comme le Jura, l’Auvergne et la Bretagne, en organisant des voyages pédagogiques à destination des élèves. Plus récemment, il convient de noter ma participation à l’Atlas de la biodiversité de la Ville, aux côtés de certains de mes anciens élèves.

Je suis d’ailleurs très heureux de constater que certains ont développé, à leur tour, l’intérêt pour la botanique ou bien l’étude des oiseaux, celle des fourmis…

J’ai également pu apporter mon aide en introduisant dans le parc de Géresme, en compagnie du responsable du parc, des plantes qui poussent le long des rivières, comme par exemple des Joncs, des Iris, des marais, des Carex et en proposant quelques conseils.                                                                          

Ces travaux m’ont permis de mieux connaître la richesse de notre territoire. On peut parfois passer à côté d’une plante sans même la remarquer, alors qu’elle peut avoir beaucoup à nous apprendre sur le milieu dans lequel elle pousse.

Vous avez identifié trois espèces nouvelles pour la France. Comment fait-on une telle découverte ?

Dans le cadre des recherches en collaboration avec David Mercier, expert en taxonomie*1, nous avons décrit 80 espèces de ronces dans un livre paru en 2025. Nous en avons validé trois, découvertes par Louis-Victor Lefèvre, botaniste du XIX siècle.

Les dernières recherches approfondies sur ces plantes dans notre région remontaient à plus d’un siècle. Avec David Mercier, nous avons donc décidé de reprendre ce travail. Nous avons travaillé pendant dix ans, avant de publier Le genre Rubus dans le Valois en 2025.

C’est un travail de recherche qui demande beaucoup d’observations, de patience et de vérifications. Il faut étudier les plantes sur le terrain, comparer les différents éléments de la plante et confronter ses observations aux herbiers historiques localisés dans différents musées (Paris, Bordeaux, Lausanne…), ce qui engendre de nombreux déplacements et séjours.

Vous avez été professeur pendant plus de trente ans. Pourquoi la transmission est-elle toujours aussi importante pour vous ?

En tant qu’ancien professeur, je n’ai jamais réellement arrêté cette fonction. Avec le Conservatoire d’espaces naturels des Hauts-de-France, j’anime régulièrement des sorties dans les milieux naturels avec des petits groupes d’adultes ou de scolaires, au marais de Feigneux et au coteau du Châtel, pour faire découvrir notre environnement local.

Je participe également aux relevés scientifiques : des comptages de différentes espèces végétales, comme les orchidées par exemple ; ainsi c’est plus de 800 orchidées, réparties selon 13 espèces différentes identifiées, sur le site du Châtel.

La transmission reste pour moi essentielle. Ce que l’on apprend doit pouvoir servir aux autres et continuer à être transmis. Chercher, savoir, transmettre : trois verbes qui peuvent résumer mon activité.

Vous avez récemment publié Le Valois en fleurs. À qui avez-vous voulu transmettre cet ouvrage ?

À la suite de l’édition du livre sur les ronces, j’ai décidé de mettre mon expérience au service des Valoisiens. J’ai ainsi publié en 2026, Le Valois en fleurs, un ouvrage destiné aux personnes qui souhaitent découvrir la botanique de terrain, mais également aux établissements scolaires à partir du collège.

J’ai voulu que le livre soit facile à comprendre. J’y ai intégré de nombreux schémas annotés qui permettent d’acquérir le vocabulaire botanique et de trouver le nom d’une plante en s’aidant de la couleur de la fleur ou de l’inflorescence*2 sans l’utilisation d’une clé dichotomique*3.

Le livre présente également les différents milieux naturels du Valois : la forêt, les pelouses, le marais, les bords de chemins, la lande, les murs et les rochers, les espèces exotiques envahissantes…

Une page mentionne les sites du Conservatoire où il sera possible d’observer les espèces végétales citées.

Lorsque vous vous promenez aujourd’hui dans le Valois, regardez-vous encore le paysage avec les yeux du botaniste ?

Forcément ! Lorsqu’on a passé autant d’années à observer les plantes, on ne peut plus regarder son environnement de la même manière.

C’est aussi ce que j’essaie de transmettre : prendre le temps de regarder ce qui nous entoure. Le Valois possède une grande richesse naturelle et il reste encore beaucoup de choses à observer, à comprendre et à transmettre.

L’ouvrage Le Valois en fleurs représente pour moi, l’aboutissement de nombreuses années de recherches et de travail sur le terrain, mais surtout la continuité d’une passion que je souhaite faire partager.

 

*1 classification des espèces selon des critères précis.
*² façon dont les fleurs sont disposées sur la tige d'une plante à fleurs.
*3 successions de choix entre deux propositions.

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